L’Astrologie : une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part ?
Avons-nous une place dans l’Univers ?
Durant mes longues années d’apprentissage de l’astrologie, en écoutant l’impact de telle planète sur un thème, à fortiori quand on parle des planètes qui caractérisent la personnalité Mercure, Vénus, Mars, je me suis souvent demandée où localiser le centre du thème ? Un point de départ qui permettrait d’irradier et de commander toute l’histoire astrale du natif. Un centre qui nous permettrait d’identifier et de connaître quelle est notre place dans l’Univers. Vaste et vieille question métaphysique…
Plus techniquement, existe-t-il pour chacun d’entre nous un point spécifique dans le thème astral qui correspondrait au centre de notre univers ? Là où se trouve le SOLEIL dans la carte par exemple ? A l’image du système solaire autour duquel toutes les planètes gravitent. Ou de La LUNE ? Puisqu’elle tourne autour de notre planète et régit nos cycles de vie ? Ou tout simplement la planète Terre bien qu’elle ne soit jamais représentée graphiquement dans un thème mais qui se trouve bien au centre de la carte, dès lors que nous ne pouvons observer les planètes que depuis notre plan terrestre. Ce qui vaut à l’astrologie d’être purement géocentrique.
L’Univers astral : Une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part ?
Je me souviens encore de la réponse étonnée de mon enseignant quand je lui posais la question. Il me répondit alors que le centre est partout !!!
Réponse paradoxale qui m’a conduite à comparer l’astrologie à cette formule célèbre de Pascal citée dans ses essais pour définir Dieu : Une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part. Mentionnée dans les écrits d’un savant du XIIe siècle et qui remonte sans doute à plus loin, cette formule énigmatique ne saurait mieux résumer l’ambition de l’Astrologie : ramener en son centre la puissance de chacun, toucher à sa propre présence, plutôt que de s’imaginer être au centre de la marche du monde.
D’ailleurs la voie du bouddhisme consiste entre autres à libérer l’être humain de cette perception qui le place au centre de tout, notamment de cet ego qui lui donne l’impression qu’il existe un centre, s’émanciper de cette croyance illusoire qui nourrit sa souffrance.
L’ego est-il le centre de nous-mêmes ?
Sans entrer ici dans le détail sur la nature protéiforme de l’EGO qui recouvre différentes définitions selon les cultures et le prisme d’observation du monde, on peut retenir qu’il constitue pour certains une forme de centre, ne fût-il qu’un masque social (concept de la Persona chez Jung) ou une conscience du MOI (depuis Descartes jusqu’à Freud) alors que d’autres le voient à l’inverse au pire comme une illusion (la Māyā dans la philosophie indienne védique) au mieux comme une pure construction mentale qui n’a pas de consistance en soi (philosophie bouddhiste). Mais ce clivage brossé à gros trait mériterait un approfondissement et un article à part entière.
Toujours est-il que si la carte astrale figure cet espace géométrique de l’incarnation terrestre, cet espace intime sacré, où le centre de soi-même est présent en chaque point du thème, est-ce que l’astrologie n’est pas la forme idéale pour représenter symboliquement sa place dans l’Univers céleste ?
Et ne devrions-nous pas conclure à la lumière de cette omniprésence du centre qu’il n’y a pas qu’une vérité mais une kirielle et que le point de vue diffère selon la place où l’on s’ancre et d’où l’on observe le monde ?
Avancée majeure de la relativité où nous conduit aussi le chemin ouvert par la physique quantique qui montre combien l’observation est non seulement influencée par l’observateur mais encore modifiée par sa seule présence.
La relativité du point de vue en astrologie avec Luc Bigé
Qui a raison de Freud ou de Jung ?
Cette formule mystérieuse est aussi une clef fantastique pour comprendre les divergences de point de vue et la relativité du concept de vérité dans l’appréhension du réel. Il n’y a pas qu’une vérité, mais chacun a bien sa vérité construite à partir du centre immanent qui est le sien.
C’est bien à cette mise au point et en lumière que nous convie le brillant astrologue contemporain LUC BIGÉ. Dans son livre, La Lune Noire, un vertige d’absolu, et plus encore dans le Portrait céleste qu’il fait de JUNG. En analysant son thème natal en perspective avec celui de FREUD, il nous montre avec brio pourquoi le le psychiatre suisse arrive à une définition de la psychanalyse totalement différente de celle de son mentor. L’intérêt immense de Luc Bigé est de mettre en lumière la vérité de chacun, et de nous sortir ainsi radicalement d’une logique binaire basée sur le clivage savamment entretenu au fil des décennies entre ces deux figures majeures du 20è siècle, à qui l’on doit la fondation des études du psychisme comme science médicale.
Si l’on analyse les deux cartes astrales, une seule conclusion s’impose : il n’y a pas de vraie ou de fausse psychanalyse, de bonne ou de mauvaise approche du concept. Il y a une psychanalyse construite selon deux points de vue qui n’ont rien à voir et ne peuvent s’équivaloir par simple réduction ou filiation.


L’un voit le monde et par conséquent la psyché depuis l’axe TAUREAU/SCORPION. Freud est Taureau, ascendant Scorpion. Quoi de plus naturel qu’il n’ait voulu à tout prix dépouiller l’homme – qu’il perçoit comme captif de la terre, de son corps mais aussi de son histoire – de toutes spiritualisations pour le ramener en son centre ? Ce centre identifié par le psychanalyste à l’énergie de la libido sexuelle dont la circulation est essentielle pour le guérir de ses divers traumatismes psychologiques et physiques et rétablir les structures du MOI.
L’autre voit l’homme au travers des lunettes de sa culture natale largement imprégnée par la tradition germanique de l’alchimie. Chez lui l’inconscient est collectif et peuplé d’archétypes communs à toute l’humanité. Quant à la notion de libido, elle ne se limite pas à l’énergie sexuelle, elle naît d’un instinct profondément religieux qui le pousse vers une transcendance. Guérir ne signifie pas tant s’adapter à une norme comportementale jugée « normale », qu’à l’inverse aider l’individu à devenir ce qu’il est sur la voie de son individuation. Jung est Lion avec le maître de son ascendant, Saturne, en Verseau. Ici l’axe LION/VERSEAU est un prisme qui joue à plein dans la création proprement junguienne du concept d’individuation.
Quant aux placements des LUNES NOIRES qui construisent le mythe fondateur de la personnalité de chacun, elles achèvent d’accentuer le contraste entre les thèmes, dont l’un est fortement marqué par les éléments TERRE/EAU, l’autre les éléments FEU/AIR..
Des quêtes d’absolu qui se méprisent ? L’impact symbolique de la LUNE NOIRE sur la naissance de la psychanalyse
LA LUNE NOIRE de Freud, en VIERGE et en MAISON X, porte en elle un absolu de savoirs positifs rationnels qui feront d’ailleurs l’objet d’une théorisation en règle de cette nouvelle science de l’homme qu’est la psychanalyse. Elle sera orchestrée d’une main de maître par la triple conjonction SOLEIL – URANUS – MERCURE en TAUREAU du psychiatre juif autrichien, dont atteste aujourd’hui sans aucun doute la postérité de la théorie freudienne.
La LUNE NOIRE de Jung en SAGITTAIRE également culminante en MAISON X, porte en elle une quête absolue du SENS et des grandes images mythologiques pour en saisir l’essence, la formulation d’un mythe explicatif du monde, un désir d’élargissement des horizons et d’intégration des cultures lointaines.
L’absolu non négociable de Freud est un désir d’ANALYSE caractéristique de la VIERGE. L’absolu non négociable de Jung est un désir de SENS caractéristique du SAGITTAIRE.


Les deux signes sont en carré dans le zodiaque, on ne saurait mieux figurer la rupture de schémas de pensée qui les opposait alors que les deux hommes étaient marqués tous les deux par une conjonction SOLEIL-URANUS, l’un en TAUREAU, l’autre en LION. Cette configuration signe à la fois leur point de convergence, l’approche résolument MODERNE avec laquelle ils élaborent cette nouvelle science de la psyché hors de toute référence au passé et qui fit d’eux des hommes de science révolutionnaires en rupture avec les valeurs de leur époque. Mais elle signe également leur point de rupture. En LION, c’est l’idée même du MOI qui est à dépasser et à transformer pour URANUS. En TAUREAU, la planète uranienne ne cherche pas tant à dessaisir le MOI de ses fondations qu’à questionner et remettre en cause le rapport au corps et au plaisir qui le dirige.
Contre toute logique, et c’est là la magistrale démonstration de Luc Bigé, les deux hommes ont tous les deux raisons à l’aune de leur propre centre.
Comme le conclut l’astrologue : « Philosophes et penseurs bâtissent un monde qui repose essentiellement sur les données de leur ciel de naissance. Ils posent comme un absolu désirable l’une des multiples facettes du cercle de la totalité. […] Les concepts de base de chaque approche dépendent pour une large part des orientations psychologiques de son fondateur symbolisées par son thème natal, ainsi que du milieu socioculturel qui le vit naître. Naturellement cela ne signifie pas que l’approche est fausse, […] mais qu’elle formalise en un concept théorique l’un des multiples visages du Réel. »
A chacun son centre ! Occident, Orient et Extrême Orient en quête de sens…
Cette loi de la relativité ne se limite pas à orienter et à expliquer les différences irréductibles entre thèmes astrologiques, points de vue et destinées humaines. Cela va plus loin.
Là encore, nous devons à LUC BIGÉ ce remarquable travail de différentiation entre les cultures occidentales, orientales et extrême-orientales dans leur approche fondamentale et philosophique de l’humain et du monde où il prend place.
La division corps/esprit/âme propre à la pensée occidentale depuis Platon, irrigue la philosophie chrétienne depuis ses origines. Elle a ses variantes plus contemporaines dans la trilogie physique/émotion/mental et dans la représentation biologique du corps humain tête/cœur/ventre qui se retrouvent dans les chakras de la médecine hindoue. Mais si la source de la pensée et de la créativité est clairement l’apanage de la tête et du cérébral pour l’homme occidental, il n’en est pas de même dans les autres cultures. En Orient, la pensée vient du cœur, source et centre symbolique du rayonnement et voie royale de la connaissance. En Extrême-Orient, c’est le ventre qui est source de la pensée, la conscience est centrée dans le hara qui la relie à la Terre et lui assure stabilité et permanence dans l’impermanence.
Ces différences culturelles sont loin d’être anecdotiques, elles entraînent avec elles toute une vision de l’homme, en particulier sur son centre et sa place dans l’Univers.
Pour l’homme occidental, le centre de son univers est la raison et la logique de la pensée. Il s’agit de comprendre la nature du réel. Sa plus grande peur est l’ignorance et l’incohérence. Sa plus grande aspiration, la vérité en pleine lumière au point de reléguer dans l’ombre tout ce qui ne peut pas être maîtrisé par la pensée, ni démontré par la logique tangible. A l’extrême, il refuse à l’irrationnel tout droit de cité, cultive l’obsession de l’objectivité dans un monde soumis à des lois intransigeantes et peut se sentir couper du monde, muré dans l’insensibilité de son savoir.

Pour l’homme oriental, le cœur sait, c’est un centre de vie en contact direct, il est en compassion et en osmose avec le monde. La connaissance est sensible, intuitive, émotionnelle. Il s’agit de s’ouvrir à l’immensité, à ce qui fait communauté. Il se perçoit comme partie intégrante du grand tout quelque soit l’ordre ou le chaos qui puissent y régner. Sa plus grande peur est la solitude, le silence du monde, le mensonge, la trahison. L’erreur n’est pas de se tromper de calcul ou de manquer de discernement logique, l’erreur survient quand le cœur n’est plus dans la justesse des émotions.
Pour l’homme extrême oriental, la conscience est centrée dans le hara où elle puise une force inépuisable et un instinct qui le fait agir au moment juste. L’aspiration est à la volonté, la maîtrise du souffle, de l’énergie vitale, la santé, ce qui la nourrit, le corps, l’harmonie au grand souffle vital du cosmos qui s’accorde au sien. C’est le chi. Sa plus grande peur est de manquer de force et de volonté pour maitriser le souffle vital, la maladie, la disharmonie. Les arts martiaux lui permettent d’accéder à cet alignement des énergies individuelles au rythme de respiration de l’Univers.
Quelle est la place de l’homme dans l’Univers ?
Les trois cultures se sont efforcées de répondre en partant chacune de son centre.
La vision de l’homme occidental a largement hérité de la philosophie et religion grecque marquée par le culte du SOLEIL comme symbole de la RAISON et figure du Père, dirait la psychanalyse. A l’opposé le culte de l’astre LUNAIRE, symbole de la matrice et siège des ÉMOTIONS se retrouve plutôt dans les philosophies et religions orientales. Dans les cultures du Soleil Levant, c’est la voie du milieu, le TAO; la vision d’un centrage de la conscience résulte et procède quant à elle d’un flux et reflux permanent des forces vibratoires opposées dans le vaste univers de l’impermanence.
En somme selon l’optique du regard, d’Ouest en Est, du Nord au Sud, de l’Occident à l’Extrême-Orient, l’homme se sent exister pleinement, pour certains selon la célèbre formule cartésienne du cogito ergo sum, quand il pense; pour d’autres quand le cœur bat ou que le souffle épouse la respiration de l’univers.
Quel que soit le point de vue d’où nous regardons le monde, la part et la place que nous y prenons, l’astrologie peut nous aider à ramener la puissance de chacun en son centre.

Et pour conclure, donnons à l’astrologue LUC BIGÉ le mot de la fin pour mieux vivre nos différences culturelles et nos divergences de points de vue.
Si l’on ne peut que saluer les philosophies orientales et extrême-orientales de nous avoir ouverts des horizons vers lesquels la psychologie occidentale redoutait de s’aventurer, n’oublions pas pour autant que nous vivons en Occident avec une mentalité d’Occidentaux dont il serait illusoire de trop se décentrer sans risque de se départir de notre héritage.
Durant mes longues années d’apprentissage de l’astrologie, en écoutant l’impact de telle planète sur un thème, à fortiori quand on parle des planètes qui caractérisent la personnalité Mercure, Vénus, Mars, je me suis souvent demandée où localiser le centre du thème ? Un point de départ qui permettrait d’irradier et de commander toute l’histoire astrale du natif. Un centre qui nous permettrait d’identifier et de connaître quelle est notre place dans l’Univers. Vaste et vieille question métaphysique…
Plus techniquement, existe-t-il pour chacun d’entre nous un point spécifique dans le thème astral qui correspondrait au centre de notre univers ? Là où se trouve le SOLEIL dans la carte par exemple ? A l’image du système solaire autour duquel toutes les planètes gravitent. Ou de La LUNE ? Puisqu’elle tourne autour de notre planète et régit nos cycles de vie ? Ou tout simplement la planète Terre bien qu’elle ne soit jamais représentée graphiquement dans un thème mais qui se trouve bien au centre de la carte, dès lors que nous ne pouvons observer les planètes que depuis notre plan terrestre. Ce qui vaut à l’astrologie d’être purement géocentrique.
L’Univers astral : Une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part ?
Je me souviens encore de la réponse étonnée de mon enseignant quand je lui posais la question. Il me répondit alors que le centre est partout !!!
Réponse paradoxale qui m’a conduite à comparer l’astrologie à cette formule célèbre de Pascal citée dans ses essais pour définir Dieu : Une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part. Mentionnée dans les écrits d’un savant du XIIe siècle et qui remonte sans doute à plus loin, cette formule énigmatique ne saurait mieux résumer l’ambition de l’Astrologie : ramener en son centre la puissance de chacun, toucher à sa propre présence, plutôt que de s’imaginer être au centre de la marche du monde.
D’ailleurs la voie du bouddhisme consiste entre autres à libérer l’être humain de cette perception qui le place au centre de tout, notamment de cet ego qui lui donne l’impression qu’il existe un centre, s’émanciper de cette croyance illusoire qui nourrit sa souffrance.
L’ego est-il le centre de nous-mêmes ?
Sans entrer ici dans le détail sur la nature protéiforme de l’EGO qui recouvre différentes définitions selon les cultures et le prisme d’observation du monde, on peut retenir qu’il constitue pour certains une forme de centre, ne fût-il qu’un masque social (concept de la Persona chez Jung) ou une conscience du MOI (depuis Descartes jusqu’à Freud) alors que d’autres le voient à l’inverse au pire comme une illusion (la Māyā dans la philosophie indienne védique) au mieux comme une pure construction mentale qui n’a pas de consistance en soi (philosophie bouddhiste). Mais ce clivage brossé à gros trait mériterait un approfondissement et un article à part entière.
Toujours est-il que si la carte astrale figure cet espace géométrique de l’incarnation terrestre, cet espace intime sacré, où le centre de soi-même est présent en chaque point du thème, est-ce que l’astrologie n’est pas la forme idéale pour représenter symboliquement sa place dans l’Univers céleste ?
Et ne devrions-nous pas conclure à la lumière de cette omniprésence du centre qu’il n’y a pas qu’une vérité mais une kirielle et que le point de vue diffère selon la place où l’on s’ancre et d’où l’on observe le monde ?
Avancée majeure de la relativité où nous conduit aussi le chemin ouvert par la physique quantique qui montre combien l’observation est non seulement influencée par l’observateur mais encore modifiée par sa seule présence.
La relativité du point de vue en astrologie avec Luc Bigé
Qui a raison de Freud ou de Jung ?
Cette formule mystérieuse est aussi une clef fantastique pour comprendre les divergences de point de vue et la relativité du concept de vérité dans l’appréhension du réel. Il n’y a pas qu’une vérité, mais chacun a bien sa vérité construite à partir du centre immanent qui est le sien.
C’est bien à cette mise au point et en lumière que nous convie le brillant astrologue contemporain LUC BIGÉ. Dans son livre, La Lune Noire, un vertige d’absolu, et plus encore dans le Portrait céleste qu’il fait de JUNG. En analysant son thème natal en perspective avec celui de FREUD, il nous montre avec brio pourquoi le le psychiatre suisse arrive à une définition de la psychanalyse totalement différente de celle de son mentor. L’intérêt immense de Luc Bigé est de mettre en lumière la vérité de chacun, et de nous sortir ainsi radicalement d’une logique binaire basée sur le clivage savamment entretenu au fil des décennies entre ces deux figures majeures du 20è siècle, à qui l’on doit la fondation des études du psychisme comme science médicale.
Si l’on analyse les deux cartes astrales, une seule conclusion s’impose : il n’y a pas de vraie ou de fausse psychanalyse, de bonne ou de mauvaise approche du concept. Il y a une psychanalyse construite selon deux points de vue qui n’ont rien à voir et ne peuvent s’équivaloir par simple réduction ou filiation.


L’un voit le monde et par conséquent la psyché depuis l’axe TAUREAU/SCORPION. Freud est Taureau, ascendant Scorpion. Quoi de plus naturel qu’il n’ait voulu à tout prix dépouiller l’homme – qu’il perçoit comme captif de la terre, de son corps mais aussi de son histoire – de toutes spiritualisations pour le ramener en son centre ? Ce centre identifié par le psychanalyste à l’énergie de la libido sexuelle dont la circulation est essentielle pour le guérir de ses divers traumatismes psychologiques et physiques et rétablir les structures du MOI.
L’autre voit l’homme au travers des lunettes de sa culture natale largement imprégnée par la tradition germanique de l’alchimie. Chez lui l’inconscient est collectif et peuplé d’archétypes communs à toute l’humanité. Quant à la notion de libido, elle ne se limite pas à l’énergie sexuelle, elle naît d’un instinct profondément religieux qui le pousse vers une transcendance. Guérir ne signifie pas tant s’adapter à une norme comportementale jugée « normale », qu’à l’inverse aider l’individu à devenir ce qu’il est sur la voie de son individuation. Jung est Lion avec le maître de son ascendant, Saturne, en Verseau. Ici l’axe LION/VERSEAU est un prisme qui joue à plein dans la création proprement junguienne du concept d’individuation.
Quant aux placements des LUNES NOIRES qui construisent le mythe fondateur de la personnalité de chacun, elles achèvent d’accentuer le contraste entre les thèmes, dont l’un est fortement marqué par les éléments TERRE/EAU, l’autre les éléments FEU/AIR..
Des quêtes d’absolu qui se méprisent ? L’impact symbolique de la LUNE NOIRE sur la naissance de la psychanalyse
LA LUNE NOIRE de Freud, en VIERGE et en MAISON X, porte en elle un absolu de savoirs positifs rationnels qui feront d’ailleurs l’objet d’une théorisation en règle de cette nouvelle science de l’homme qu’est la psychanalyse. Elle sera orchestrée d’une main de maître par la triple conjonction SOLEIL – URANUS – MERCURE en TAUREAU du psychiatre juif autrichien, dont atteste aujourd’hui sans aucun doute la postérité de la théorie freudienne.
La LUNE NOIRE de Jung en SAGITTAIRE également culminante en MAISON X, porte en elle une quête absolue du SENS et des grandes images mythologiques pour en saisir l’essence, la formulation d’un mythe explicatif du monde, un désir d’élargissement des horizons et d’intégration des cultures lointaines.
L’absolu non négociable de Freud est un désir d’ANALYSE caractéristique de la VIERGE. L’absolu non négociable de Jung est un désir de SENS caractéristique du SAGITTAIRE.


Les deux signes sont en carré dans le zodiaque, on ne saurait mieux figurer la rupture de schémas de pensée qui les opposait alors que les deux hommes étaient marqués tous les deux par une conjonction SOLEIL-URANUS, l’un en TAUREAU, l’autre en LION. Cette configuration signe à la fois leur point de convergence, l’approche résolument MODERNE avec laquelle ils élaborent cette nouvelle science de la psyché hors de toute référence au passé et qui fit d’eux des hommes de science révolutionnaires en rupture avec les valeurs de leur époque. Mais elle signe également leur point de rupture. En LION, c’est l’idée même du MOI qui est à dépasser et à transformer pour URANUS. En TAUREAU, la planète uranienne ne cherche pas tant à dessaisir le MOI de ses fondations qu’à questionner et remettre en cause le rapport au corps et au plaisir qui le dirige.
Contre toute logique, et c’est là la magistrale démonstration de Luc Bigé, les deux hommes ont tous les deux raisons à l’aune de leur propre centre.
Comme le conclut l’astrologue : « Philosophes et penseurs bâtissent un monde qui repose essentiellement sur les données de leur ciel de naissance. Ils posent comme un absolu désirable l’une des multiples facettes du cercle de la totalité. […] Les concepts de base de chaque approche dépendent pour une large part des orientations psychologiques de son fondateur symbolisées par son thème natal, ainsi que du milieu socioculturel qui le vit naître. Naturellement cela ne signifie pas que l’approche est fausse, […] mais qu’elle formalise en un concept théorique l’un des multiples visages du Réel. »
A chacun son centre ! Occident, Orient et Extrême Orient en quête de sens…
Cette loi de la relativité ne se limite pas à orienter et à expliquer les différences irréductibles entre thèmes astrologiques, points de vue et destinées humaines. Cela va plus loin.
Là encore, nous devons à LUC BIGÉ ce remarquable travail de différentiation entre les cultures occidentales, orientales et extrême-orientales dans leur approche fondamentale et philosophique de l’humain et du monde où il prend place.
La division corps/esprit/âme propre à la pensée occidentale depuis Platon, irrigue la philosophie chrétienne depuis ses origines. Elle a ses variantes plus contemporaines dans la trilogie physique/émotion/mental et dans la représentation biologique du corps humain tête/cœur/ventre qui se retrouvent dans les chakras de la médecine hindoue. Mais si la source de la pensée et de la créativité est clairement l’apanage de la tête et du cérébral pour l’homme occidental, il n’en est pas de même dans les autres cultures. En Orient, la pensée vient du cœur, source et centre symbolique du rayonnement et voie royale de la connaissance. En Extrême-Orient, c’est le ventre qui est source de la pensée, la conscience est centrée dans le hara qui la relie à la Terre et lui assure stabilité et permanence dans l’impermanence.
Ces différences culturelles sont loin d’être anecdotiques, elles entraînent avec elles toute une vision de l’homme, en particulier sur son centre et sa place dans l’Univers.
Pour l’homme occidental, le centre de son univers est la raison et la logique de la pensée. Il s’agit de comprendre la nature du réel. Sa plus grande peur est l’ignorance et l’incohérence. Sa plus grande aspiration, la vérité en pleine lumière au point de reléguer dans l’ombre tout ce qui ne peut pas être maîtrisé par la pensée, ni démontré par la logique tangible. A l’extrême, il refuse à l’irrationnel tout droit de cité, cultive l’obsession de l’objectivité dans un monde soumis à des lois intransigeantes et peut se sentir couper du monde, muré dans l’insensibilité de son savoir.

Pour l’homme oriental, le cœur sait, c’est un centre de vie en contact direct, il est en compassion et en osmose avec le monde. La connaissance est sensible, intuitive, émotionnelle. Il s’agit de s’ouvrir à l’immensité, à ce qui fait communauté. Il se perçoit comme partie intégrante du grand tout quelque soit l’ordre ou le chaos qui puissent y régner. Sa plus grande peur est la solitude, le silence du monde, le mensonge, la trahison. L’erreur n’est pas de se tromper de calcul ou de manquer de discernement logique, l’erreur survient quand le cœur n’est plus dans la justesse des émotions.
Pour l’homme extrême oriental, la conscience est centrée dans le hara où elle puise une force inépuisable et un instinct qui le fait agir au moment juste. L’aspiration est à la volonté, la maîtrise du souffle, de l’énergie vitale, la santé, ce qui la nourrit, le corps, l’harmonie au grand souffle vital du cosmos qui s’accorde au sien. C’est le chi. Sa plus grande peur est de manquer de force et de volonté pour maitriser le souffle vital, la maladie, la disharmonie. Les arts martiaux lui permettent d’accéder à cet alignement des énergies individuelles au rythme de respiration de l’Univers.
Quelle est la place de l’homme dans l’Univers ?
Les trois cultures se sont efforcées de répondre en partant chacune de son centre.
La vision de l’homme occidental a largement hérité de la philosophie et religion grecque marquée par le culte du SOLEIL comme symbole de la RAISON et figure du Père, dirait la psychanalyse. A l’opposé le culte de l’astre LUNAIRE, symbole de la matrice et siège des ÉMOTIONS se retrouve plutôt dans les philosophies et religions orientales. Dans les cultures du Soleil Levant, c’est la voie du milieu, le TAO; la vision d’un centrage de la conscience résulte et procède quant à elle d’un flux et reflux permanent des forces vibratoires opposées dans le vaste univers de l’impermanence.
En somme selon l’optique du regard, d’Ouest en Est, du Nord au Sud, de l’Occident à l’Extrême-Orient, l’homme se sent exister pleinement, pour certains selon la célèbre formule cartésienne du cogito ergo sum, quand il pense; pour d’autres quand le cœur bat ou que le souffle épouse la respiration de l’univers.
Quel que soit le point de vue d’où nous regardons le monde, la part et la place que nous y prenons, l’astrologie peut nous aider à ramener la puissance de chacun en son centre.

Et pour conclure, donnons à l’astrologue LUC BIGÉ le mot de la fin pour mieux vivre nos différences culturelles et nos divergences de points de vue.
Si l’on ne peut que saluer les philosophies orientales et extrême-orientales de nous avoir ouverts des horizons vers lesquels la psychologie occidentale redoutait de s’aventurer, n’oublions pas pour autant que nous vivons en Occident avec une mentalité d’Occidentaux dont il serait illusoire de trop se décentrer sans risque de se départir de notre héritage.
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Quel plaisir de te lire, de lire des articles astro bien écrits et fondés sur une véritable réflexion personnelle 💫
Le texte est très interessant et même si j’ai une vision du centre différente, comme un marqueur de non-dualité, d’universalité au delà des différences, j’ai beaucoup aimé aussi ta vision et tout cela confirme que la symbolique astro est d’une richesse infinie adaptable à l’univers de chacune.
Au plaisir de relire tes textes,
Christine
Un grand merci Christine pour ta lecture attentive et stimulante !
Avec Uranus qui entre en Gémeaux pour 7 ans ce 8 juillet, c’est le moment ou jamais d’honorer la diversité des points de vue et d’élargir nos perspectives 😉
Magnifique ton approche du centre par la non-dualité !!! ça rappelle à quel point le thème natal invite chacun à un travail d’intégration avec la promesse d’une puissance d’être.
Au plaisir d’écouter ton Ciel 🙂
Très bel article qui montre avec justesse que la vérité est protéiforme et plurielle. Merci l’impératrice ☺️